
Rives et solins : là où les toits prennent l'eau en premier
Quand on m'appelle pour une fuite, on me décrit presque toujours une tache au plafond, quelque part au milieu de la pièce. Et je monte presque toujours chercher ailleurs : sur les bords. Le milieu d'un pan de toiture est la partie la plus simple et la plus solide de l'ouvrage. Ce qui prend l'eau, ce sont les endroits où la couverture s'arrête et rencontre autre chose.
Trois points, toujours les mêmes
La rive, c'est le bord latéral du toit, là où la couverture s'arrête au-dessus du pignon. C'est le point le plus exposé au vent.
Le solin, c'est le raccord entre la toiture et un mur qui la dépasse : un mur mitoyen, une souche, une surélévation voisine.
L'abergement de cheminée, c'est l'habillage qui fait la jonction entre la souche et la couverture. Sur les maisons anciennes du 92, c'est le premier suspect.
Pourquoi les bords cèdent avant le milieu
Au milieu d'un pan, l'eau ne fait que descendre. Chaque élément recouvre le suivant, et la gravité fait le travail.
Sur un bord, l'eau change de direction. Elle rencontre un angle, un mur, une pièce de zinc, et elle cherche par où passer.
Ajoutez le vent, qui pousse la pluie à l'horizontale contre le pignon, et vous avez la combinaison qui fait entrer l'eau là où elle n'était pas censée aller.
Le solin, le point que l'on répare mal
Un solin fatigué se voit rarement depuis le sol. Ce qui se voit, c'est la trace d'humidité qui apparaît en haut du mur intérieur, souvent prise pour de la condensation.
La réparation faite trop vite consiste à passer un joint souple par-dessus. Ça tient un hiver. L'année suivante, le joint se décolle et l'eau revient au même endroit, avec un an de dégâts en plus.
Un solin se refait en engravure ou avec une bande à relief posée dans les règles, pas au mastic. C'est plus long, et ça ne se reprend pas tous les deux ans.
La rive, exposée au vent avant tout
Sur les pignons orientés à l'ouest, la rive prend le vent dominant de plein fouet. Les éléments de rive bougent, les fixations travaillent, et un jour il manque un morceau.
Le signe précoce est visible depuis la rue : un alignement de rive qui n'est plus droit, un élément qui dépasse ou qui manque.
C'est le seul des trois points que vous pouvez surveiller sans monter. Regardez votre pignon depuis le trottoir d'en face une fois par an, en hiver, quand les arbres sont nus.
L'abergement de cheminée, sur un bâti ancien
Beaucoup de souches en brique du département ont cent ans et leur abergement d'origine. Le zinc s'est aminci, les points de soudure ont fatigué.
Une souche désaffectée n'est pas pour autant sans risque : elle continue de prendre l'eau et de la conduire dans la charpente, même quand plus personne ne l'utilise.
Quand une souche ne sert plus, la question à se poser n'est pas seulement de la réparer, mais de savoir s'il faut la conserver. C'est un arbitrage, et il se pose au devis.
Ce que ça change pour chercher une fuite
Chercher au-dessus de la tache est le meilleur moyen de perdre une journée. L'eau entre à un endroit et ressort à un autre, après avoir couru sur un liteau ou un chevron.
Je remonte donc la pente depuis la tache, et j'inspecte les bords dans l'ordre : rive, solin, abergement, puis noue.
Dans la grande majorité des cas, l'entrée est dans cette liste. Le milieu du toit, lui, tient.
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